Les liens entre art et spiritualité est un sujet vaste, pluriel et passionnant. Dans cet article, je vous propose de plonger dans l’étrange.

Découvrez le mouvement Spirite à travers 3 peintres au destin hors normes, dont les œuvres sont présentées au musée Maillol (exposition “Esprit es-tu là ?”, jusqu’au 1er novembre 2020).

A la fin du 19e siècle, la question de la vie après la mort est un véritable phénomène de société. D’abord aux Etats-Unis puis en France, on tente d’entrer en communication avec les esprits. Allan Kardec fonde le mouvement Spirite, une doctrine qui s’inspire d’autres courants de pensée, notamment le bouddhisme.

Cette pratique, nous la connaissons bien. Il s’agit du spiritisme, qui fut notamment expérimentée par de nombreuses personnalités : écrivains (Victor Hugo, Arthur Conan Doyle), scientifiques (Camille Flammarion) et artistes (Fernand Desmoulin).

Mais pour les peintres que je vais vous présenter, les esprits sont venus à eux : Augustin Lesage, Victor Simon et Fleury Joseph Crépin, simples mineurs du Pas-de-Calais, ont été appelés à peindre, guidés par des voix de l’au-delà

Artistes spirituels, messagers de l’au-delà

Fleury Joseph Crépin

Dans les années 1920, Crépin est privé de son travail à la mine. Il multiplie alors les petits boulots de quincailler, plombier-zingueur, installeur de pompes, mais aussi clarinettiste pour animer les bals. Un soir de décembre 1938, alors qu’il recopiait de la musique, il perd le contrôle de sa main qui se met à tracer d’étranges dessins. C’est à ce moment qu’il commence à peindre.

Plus tard, des voix lui diront :

“Quand tu auras peint 300 tableaux, ce jour-là, la guerre finira. Après la guerre, tu feras 45 tableaux merveilleux et le monde sera pacifié.”

Jour et nuit, il peint seul des toiles. La veille de l’armistice, il achève son 300e tableau. En reconnaissance, il enverra des toiles à Montgomery, Staline, Eisenhower, De Gaulle, Joukov. Ces tableaux ont aujourd’hui disparus.

Caractérisée par de fines gouttes colorées, ces toiles représentent des structures architecturales, organisée en fausse symétrie, des temples imaginaires.

On retrouve ces caractéristiques dans l’ensemble des peintures que vous allez découvrir, malgré une approche picturale différente. Troublant…

Victor Simon

Fils d’un ouvrier mineur, Victor Simon avait, enfant, des visions nocturnes : temples sacrés et épreuves initiatiques orchestrés par des prêtres Egyptiens. Lorsqu’il eu 17 ans, il assista à une séance de psychisme qui lui laisse une forte impression sur le monde de l’au-delà. C’est en 1933 qu’il commence à entendre des voix lui demandant de peindre.

Il se passionne également pour la science, les religions antiques égyptiennes, et les phénomènes supranormaux.

“Quels que soient les lieux, quels que soient les temps, c’est au fond de toi-même, ce temple de l’éternel, que doit jaillir radieuse, la divine étincelle.”

Victor Simon

Sa peinture, ornementale et démesurée, réunit dans des temples délirants le Christ et son guide vénusien. Il peint aussi de petits formats, des portraits de ces mêmes entités spirituelles, ainsi que Bouddha. Ces œuvres décrivent la volonté de créer une nouvelle religion, universelle, associant les précédentes.

Augustin Lesage

Ce message venu de l’au-delà , Augustin Lesage l’entend en 1911, alors qu’il est seul au fond de la mine :

N’aie crainte, nous sommes près de toi, un jour tu seras peintre et tes œuvres seront soumises à la science.

Intrigué de cette expérience, il organise avec des amis des séances de tables tournantes. Le guéridon le désigne comme médium et lui confirme son destin de peintre. Il réalise alors une série de dessins automatiques sur papier.

Ces dessins sont signés Marie, le prénom de sa petite sœur morte à l’âge de 3 ans. Il signe également d’autres œuvres Léonard de Vinci.

Plus tard, des voix lui demandent de peindre sur toile. Et sur grands formats. Il peint tout en continuant de travailler comme mineur. En 1923, Augustin Lesage bénéficie d’un soutien financier de la part du directeur de La revue Spirite, Jean Meyer. Il peut cesser son travail à la mine et se consacre exclusivement à la peinture.

On pourrait penser qu’augustin Lesage, fut un artiste marginal. Mais il expose, à partir de 1926, dans de nombreux salons académiques, comme le Salon des artistes français. Son travail sera salué par des personnalités et journalistes influents de l’époque.

“Les grandes œuvres, ne s’élaborent que dans le recueillement, et le silence.”

Augustin Lesage, inscription présente sur l’une des toiles.

Encore ici, on retrouve une dimension architecturale et la fausse symétrie dans ces peintures. Édifices organisés en strates, Lesage démarre toujours sa peinture par le haut pour descendre strate par strate, et s’ancrer dans la partie basse.

Un jeu de perception visuel, entre la vue globale et les détails de près, composés de micro-motifs intriguant.

Le destin des artistes présentés ici, ainsi que leur approche picturale est déroutante. Ces peintures, réalisées par des personnes sans culture artistique, ont été alors classée dans l’art brut. Mais pour moi, elle sont en dehors de toute classification.

Art et spiritualité : autres artistes, autre démarche.

Pour aller plus loin, je vous invite à découvrir cet article sur Hilma af Klint, la pionnière méconnue de l’art abstrait, guidée elle aussi par des forces mystérieuses.

Dans cette même thématique “art et spiritualité”, vous pourrez voir le travail de Hsiao Chin, le peintre zen. Bonne visite sur le blog 🙂